La médiation comme facteur de changement

Samedi, 9 janvier 2010, 17:01 | Categorie : Formation, Médiation
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Voici ma traduction d’un article de ma collègue Louise Phipps Senft du Baltimore Mediation Center, où j’ai suivi une formation en décembre 2009.

Quand des personnes viennent chercher de l’aide auprès d’un médiateur, ce dernier ne doit pas perdre de vue que le conflit qu’elles vivent est susceptible de saper leurs forces. En effet, il n’est pas rare que les personnes aux prises avec un conflit difficile et persistant n’y voient plus clair et perdent confiance en elles-mêmes et en leur force intérieure; elles sont ainsi moins ouvertes à de nouvelles approches.

Les personnes qui se tournent vers la médiation se trouvent souvent dans une situation difficile ou hostile dans laquelle elles sont passées de l’argumentation au dialogue de sourds et elles se sentent vulnérables ou désorientées, ou encore dans laquelle elles ont écouté l’autre, non pas pour entendre, mais pour préparer une riposte à l’appui de leur propre opinion, ce qui n’a fait qu’accumuler les frustrations et entraîner l’escalade du conflit.  Et c’est peut-être autant dans cette expérience du conflit qu’elles épuisent leurs forces que dans le conflit lui-même.

En quoi la médiation est-elle transformative? J’aimerais pouvoir dire que le médiateur est celui qui transforme les personnes, mais ce n’est pas le cas.  Le médiateur ne transforme pas les personnes, mais par sa présence et ses interventions il contribue à modifier le cadre du conflit et à permettre aux personnes d’induire elles-mêmes les changements.

Le médiateur n’argumente pas avec les parties, mais les écoute attentivement, leur témoigne du respect et leur apporte des encouragements. C’est une personne en qui les parties peuvent avoir confiance, une personne qui crée un espace où chacun peut, en toute sécurité, exprimer ses idées et ses sentiments, une personne qui assurera le suivi des thèmes, des idées, et des moments d’ouverture à d’autres possibilités.

Dans ce cadre propice et encourageant, les parties peuvent se montrer à la hauteur de la situation et envisager elles-mêmes des solutions viables à leur crise. Elles découvrent souvent une manière d’interagir, même avec la personne avec qui elles sont en désaccord.  Ce faisant, elles arrivent non seulement à résoudre le problème immédiat, mais aussi à retrouver la confiance nécessaire pour composer avec de nouveaux problèmes à l’avenir. Deux accomplissements majeurs!

Devant les développements prometteurs qu’il observe en salle de médiation, le médiateur n’a de cesse de se remémorer qu’il n’exerce pas un simple emploi, mais une carrière unique et socialement utile qui lui apporte beaucoup de satisfaction et qui peut véritablement modifier le cours des choses pour les personnes qui ont un urgent besoin de changement dans leur vie. C’est pourquoi je le dis et je le répète, en raison de ce qu’elle représente pour les personnes et de ce qu’elle représente pour moi, j’adore la médiation!  © Louise Phipps Senft 2008

Louise Phipps Senft, l’auteur de ce texte, dirige Baltimore Mediationdepuis 1993 et a formé toute une génération de médiateurs dans l’approche transformative. J’ai eu l’occasion de suivre une formation intensive d’une semaine avec elle et son équipe en décembre 2009 et je reviens du Maryland avec plein de nouvelles idées pour mes propres formations ici au Québec.

- JPW

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